BAKER Jo - Une saison à Longbourn


181x, en Angleterre, sur le domaine de Longbourne où vit la famille Bennet et leurs 5 filles à marier, il y a également leur domesticité : les Hills qui ont recueilli les petites Sarah puis Mary, renommée "Polly" puisqu'il a une Mary Bennet... et bientôt arrive le mystérieux James qui fera office de valet. Que cache le jeune homme qui semble avoir connu des heures bien difficiles et qui transporte dans sa besace de bien exotiques coquillages ? Voilà qui intrigue la jeune bonne Sarah au service de ses demoiselles Bennet qui ne songent qu'à se divertir, se chercher de nouvelles toilettes pour aller danser et espérer trouver un mari tandis qu'elle, trime à laver leur linge, raccomoder leurs jupons et vider leurs pots de chambre.
Alors, habillées, coiffées, les deux soeurs lui souhaitent une bonne soirée. Elles sortirent de la pièce comme si elles flottaient, et descendirent d'un pas léger. Sarah posa délicatement sa nouvelle robe sur le lit. Elle nettoya et rangea brosses, peignes, épingles et rubans. Elle lissa le dessus-de-lit froissé. La pièce, assombrie maintenant, semblait figée ,sans vie, en l'absence des deux ainées. Elles étaient toutes deux si ravissantes, si lumineuses. Sarah, munie de son cadeau, emprunta le couloir de service puis l'escalier menant aux mansardes en songeant qu'elle n'était qu'une des innombrables ombres du jour qui déclinait. (p.76)

En écho à Orgueil et Préjugés de Jane Austen, voici Longbourne et l'envers du décor : une atmosphère de Downtown Abbey avec moins de domestiques et moins de tension puisqu'il n'y a que quatre, puis cinq individus et qu'ils forment une famille plutôt unie au service d'une autre. Joies et drames s'emmêlent d'un étage à l'autre, d'une époque à une autre.
Le style est soigné, le rythme est vif : les descriptions portent à notre vue la délicatesse des tissus des robes, à notre nez la bonne odeur des pâtisseries, on patauge dans la boue des chemins grossiers, on a les mains qui picotent quand Sarah a les siennes trempées dans l'eau de la lessive sans oublier de tourner les pages pour lire la suite ! Très beau roman que j'ai lu presque d'une traite ! Intéressant car l'auteur s'est documentée sur le quotidien d'une maison à cette époque, les occupations de la maisonnée, et les préoccupations de cette  périodes entre rêves et trahisons.

Très belle idée que ces histoires d'amour vécues du côté des serviteurs, qui portent la lumière sur ceux qui restent dans l'ombre dans Orgueil et Préjugés et qui dévoilent également les exactions durant la guerre d'indépendance espagnole (l'histoire de James) sans oublier les petits secrets de la société qui ressemble en bien des points à la nôtre.

Je recommande celivre à tous ceux qui aiment l'époque georgienne et à tous les janéites ! Passionnant et surtout bien écrit, ce qui est tout de même assez rare de nos jours pour être souligné.


titre original : Longbourne
année sortie 2013
édition française en 2014 aux éditions STOCK
384 pages
traduction de l'anglais par Sophie HANNA
illustration d'entrée de billet : William Mulready

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